RADAR de mesures des courants marins de surface au LSEET-CNRS USTV (rédaction Y.Barbin)

 

Thématique

Le système de radars HF-VHF de courantométrie côtière du LSEET permet de dresser, en continu et sur de longues périodes, les cartes de courants marins de surface, jusqu’à des distances supérieures à 100km et avec une résolution spatiale de 300m à 3km selon la largeur de bande explorée. Les spectres doppler sont aussi des indicateurs de l’état de mer, et permettent d’établir, indirectement, des cartes de direction de vent.

 

Contexte national et international

Depuis le début des années 1970, la technique radar courantométrique a progressé aux Etats-Unis (avec le radar « codar » http://www.codaros.com/  ) et en Europe. Elle est maintenant « sortie » des laboratoires de développement, et aussi du strict domaine de la recherche scientifique, pour participer à la surveillance environnementale, à la gestion des situations normales et de crise (pollution marine).

Des radars courantomètres sont même opérationnels et connectés sur des réseaux en voie de pérennisation: réseau multi instruments http://marine.rutgers.edu/cool/ de la Rutgers University (côte Est américaine), le réseau californien http://www.cocmp.org/ , et maintenant  la planification de l’intégration des radars au réseau IOOS à l’échelle globale de toutes les côtes des Etats-Unis (Integrated Ocean Observing System,  http://www.ocean.us/ ), voir aussi  le magazine « Sea Technology », numéro de Septembre 2007 http://www.sea-technology.com/  .

En Europe, plusieurs campagnes scientifiques coordonnées ont déjà été organisées (voir campagne Eurorose, par exemple). En France, en 2006, après une campagne d’évaluation, le Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (SHOM) http://www.shom.fr/  s’est équipé de deux radars HF à formation de voie électronique. En Angleterre, les interactions multidisciplinaires se concrétisent dans le projet de réseau « Cornet », ouvert vers les utilisateurs externes.

La compétence instrumentale en Europe est organisée autour de 3 pôles: l’Université de Sheffield  (équipe du Professeur L.Wyatt), l’Université de Hambourg (équipe du Dr Gurgel), et le LSEET de Toulon.

Le LSEET (équipe fondatrice du Professeur Broche) a installé un premier prototype HF à La Londe les Maures en 1976. A partir de 1979, le laboratoire a pu utiliser son radar lors de campagnes en France et en Allemagne. En 1984 était expérimentée la première version d’un radar VHF plus compact. Vers 1995, le radar VHF COSMER atteignait la maturité d’un système bi-statique (2 radars), pilotés par PC et équipés de la formation électronique de voies.

L’instrument COSMER a déjà fait l’objet dans la période 2003-2005 d’un contrat d’utilisation par une PME bretonne d’océanographie, AVELMOR, devenue ACTIMAR http://www.actimar.fr/  , qui a opéré le radar pour le SHOM (campagne EPEL) et pour le laboratoire ELICO de l’Université du Littoral (PNEC) à Wimereux (62).

Depuis 2004, le LSEET a fait l’acquisition de deux nouveaux radars HF WERA (Wellen Radar) allemands http://ifmaxp1.ifm.uni-hamburg.de/WERA.shtml  , fabriqués par la société HELZEL Messtechnick http://www.helzel.com/  , sous licence de l’Université de Hambourg. Le LSEET participe à l’évolution de cet instrument. Il a développé des algorithmes nouveaux  de cartographie à Haute Résolution azimutale, de réduction des Interférences Radio et de suppression d’artefacts, voir les « abstracts » de nos présentations à la conférence RADIO OCEANOGRAPHY WORKSHOP 2006 à Hambourg  (ROW2006)  http://ifmaxp1.ifm.uni-hamburg.de/ROW_2006/Program.shtml :

http://ifmaxp1.ifm.uni-hamburg.de/ROW_2006/Abstract_Barbin_1.shtml

http://ifmaxp1.ifm.uni-hamburg.de/ROW_2006/Abstract_Barbin_2.shtml

 

 Le LSEET a également procédé à une expérience récente, « première » sur des WERA, avec une résolution radiale aussi fine que 300m (article en préparation).

De Mai 2005 à février 2007, le LSEET a conduit une campagne d’observation du Golfe du Lion de longue durée (21 mois), voir notre présentation à l’AIE2006 (Brest) : http://www.ifremer.fr/aei2006/presentations/T1S3/aei2006_12_28.pdf  . Cette campagne a permis, entre autre, d’évaluer et d’améliorer la fiabilité des équipements face à la mer.  Cette campagne, qui a généré 2 Téra Octets de données, a permis (et nécessité) de développer des méthodes systématiques de traitement, en routine automatique, des signaux bruts. En plus des « sorties » à caractère scientifique (cartes de courants), d’autres programmes rapides permettent d’évaluer la qualité de fonctionnement de l’appareil, et de détecter les pertes de performances, nécessitant ou non une intervention sur site. Ces programmes écrits au LSEET sont originaux. 

La présence et l’expertise du LSEET dans le groupe international des utilisateurs WERA (WUG, WERA user group http://www.helzel.com/helzelmed/download/Newsletter-7323.pdf  ) nous a permis d’avoir accès à des données provenant d’autres sites de radars, opérés à d’autres fréquences, et dans des contextes océanographiques différents. Nous avons participé à des études de cas particuliers, comme le traitement des données radar de zones soumises à la houle et à de fortes marées, et en présence d’îles (SURLITOP, Contrat Ministère de l’Environnement, projet RITMER, en partenariat avec ACTIMAR et BOOST Technologies http://www.boost-technologies.com/web/fr/aboutus.html  ). Nous avons ainsi paramétré nos programmes pour les rendre adaptables à plus de situations expérimentales.

Ainsi, pour la récente et courte campagne réalisée dans la baie de La Spezia (Ligurie, Italie), nous avons pu installer et opérer les programmes de traitements radiaux à bord des pc pilotes de radar, et ainsi produire automatiquement, pour la première fois, des cartes de courant en temps réel.

 

 

DESCRIPTIF TECHNIQUE du radar de type WERA

 

Principe

Le WERA  est un radar doppler à « chirps » (sondage de la bande utile par des rampes de fréquence, répétées), fonctionnant dans les bandes métriques ou décamétriques http://ifmaxp1.ifm.uni-hamburg.de/WERA.shtml .

Les ondes rétrodiffusées par la mer vers le radar sont essentiellement la contribution cohérente des vagues de Bragg dont la longueur d’onde est la moitié de la longueur des ondes électromagnétiques.

Pour un radar à 15MHz, les vagues sélectionnées ont une longueur d’ondes de 10 mètres. Pour un radar à  50MHz, on sélectionne les vagues  de 3 mètres. De telles vagues sont quasiment toujours présentes dans le spectre de vagues.

La vitesse de phase des vagues sélectionnées (celles qui s’approchent et celles qui s’éloignent) est bien connue. L’observation, pendant plusieurs minutes, des ondes rétrodiffusées par ces vagues permet d’évaluer, par méthode soustractive, la vitesse du courant radial de la surface qui entraîne les vagues. (eg. Pierre Broche, METMAR (météorologie marine), n°181,  1998) http://www.meteofrance.com/FR/pedagogie/librairie/periodiques.jsp

           

Description

La cartographie vectorielle des courants nécessite deux radars séparés qui permettent d’observer la surface de la mer sous deux angles. A partir des deux vitesses radiales, on reconstitue la vitesse vectorielle du courant de surface.

La distance en ligne directe qui sépare les deux sites côtiers doit être de l’ordre de la moitié de la portée espérée. En HF, les deux sites sont à une quarantaine de kilomètres l’un de l’autre. En VHF, on aura une dizaine de kilomètres.

 Chacun des radars est constitué d’une baie électronique et de deux champs d’antennes, l’un pour l’émission, et l’autre pour la réception.

La baie électronique (voir photo1) est installée en rack dans un container spécifique (voir photo2), un bungalow ou à l’intérieur d’une installation pérenne (bâtiment). La consommation de l’électronique est inférieure à 1kW. En été, et pour l’installation dans le container, une climatisation est nécessaire (puissance pic supplémentaire 2kW).

 

photo1 : vue de face du rack en configuration 12 canaux RX

 

Le réseau d’émission TX (voir photo3) est constitué de 4 antennes disposées en rectangle, avec un espacement en 0.5  lambda  X 0.15 lambda (lambda représente la longueur d’onde), soit 10m X 3m à 15MHz. On a aussi utilisé une disposition end fire en ligne, à 4 ou 2 antennes. Au pied des antennes d’émission est disposé l’amplificateur de puissance haute fréquence ultra linéaire. L’amplificateur reçoit de la baie un signal d’excitation par un long câble coaxial et une alimentation 220Volts (200W).

 

Photo2 : Le container spécifique, aménagé avec climatisation intégrée

 

Photo3 : Le réseau rectangulaire d’antennes d’émission HF (Salin de Giraud).

 

 

photo4: le réseau linéaire d’antennes de réception HF (Salin de Giraud).

 

Le réseau d’antennes de réception RX (voir photo 4) est, en général, un réseau linéaire broadside (des antennes dipôles élémentaires en demi-onde raccourci, régulièrement espacées le long d’une ligne parallèle à la côte). L’espacement typique est en « lambda/2 ». Un réseau RX comprend de 8 à 16 antennes. On a travaillé avec un réseau limité à 4 antennes sur un des sites méditerranéens (Ile du Frioul). Vers 15 MHz, un réseau de 12 antennes s’étire sur plus de 100m. Vers 45 MHz, un réseau de 8 antennes n’a besoin que de 20 mètres. Chaque antenne RX individuelle est reliée par un câble coaxial à un canal récepteur indépendant sur la baie électronique. Tous les câbles RX ont la même longueur.

Le réseau RX, dans son ensemble, doit être très éloigné du réseau TX afin de réduire le couplage direct qui limite la sensibilité du système. L’espacement nominal est supérieur à 250m. Toutefois, en Italie, on a opéré sur un des deux sites le radar en VHF avec un espacement réduit à 80 mètres, et une puissance émise réduite, donc des performances de portée réduite également (15km sur le site #1 avec seulement 1W RF, contre 30km sur le site #2). Le réseau de réception doit aussi être éloigné de l’électronique de pilotage et du pc, générateurs de rayonnements parasites.

L’implantation (trouver les sites et la bonne disposition des réseaux) et le câblage des réseaux d’antennes sont les points durs de cet instrument  (et ceci est d’autant plus vrai qu’on utilise le mode chirps,  avec l’émission en continu).

Un réseau de réception de 12 antennes vers 15 MHz nécessite la pose de 3 km de câble (2.5 km de coaxial vers les antennes RX, et deux câbles de 250m vers le réseau TX), et pour le réseau 8 antennes en VHF,  un peu plus d’un kilomètre. Si le câble secteur doit être enfoui, l’investissement sera encore plus lourd. Ces câbles ne sont souvent pas réutilisables à la fin de la campagne.

 

Performances

Rares sont les situations où les signaux rétrodiffusés sont insuffisants, en intensité, ou en propreté spectrale, pour réaliser la mesure (les performances en portée sont toutefois moins bonnes en cas de mer très calme ou en cas de très forte tempête).

En HF, la portée typique varie de 60 à 120km, la résolution radiale est de l’ordre de 3km, la surface couverte atteint facilement 4000km2. En VHF, la portée est moindre, de 15 à 35 km selon l’installation, la résolution radiale est de l’ordre de 600m ou plus fine encore, la surface couverte atteint 200km2.

La résolution radiale est surtout limitée par la largeur de bande radio disponible (et présentant peu d’interférences).

La résolution azimutale dépend en principe de la taille du réseau de réception. Le LSEET a implanté des méthodes Haute Résolution pour compenser, aux grandes distances, l’effet du manque relatif de résolution azimutale.

La résolution en vitesse radiale dépend de la fréquence de travail et de la durée d’intégration. Avec une intégration de 5 minutes, on atteint la résolution de 1 cm/s à 50 MHz et 3 cm/s vers 15 MHz. Une mesure est constituée de plusieurs intégrations successives (typiquement 4).

Les principales perturbations de la mesure sont provoquées par les interférences radio (RFI), ou par la présence de bateau ou d’aéronefs dans le champ du radar. Le LSEET a développé des algorithmes d’évasion et de réduction de l’effet des RFI. 

 

Sécurité des opérateurs, et du public, sensibilité des appareillages aux parasites

La sensibilité des équipements radio et la performance des algorithmes de traitements permettent d’obtenir une portée supérieure à 100km avec seulement 30 Watt HF rayonnés. Ce niveau de radiation est compatible, à ces fréquences, avec la présence des opérateurs, même lors d’intervention auprès du champ d’antennes d’émission (fiche d’évaluation et de conformité disponible au laboratoire), on pourra lire le texte fondateur des normes applicables sur le site de l’ICNIRP http://www.icnirp.de/documents/emfgdlfr.pdf .

Le balisage des installations est toutefois recommandé pour éviter la présence prolongée du public. Il faut aussi éviter, au voisinage du réseau RX, la présence d’équipements électroniques même de type grand public, éventuellement  générateurs de parasites radio saturant.

 

Un Petit Clip Video (avi)  non retraité : Courants de surface dans la partie est du Golfe du Lion du 16 au 17 juin 2005