Pourquoi étudier Pelagia noctiluca ?


La méduse Pelagia noctiluca est un organisme sous étudié mais bien connu sur les côtes méditerranéennes car elle est la plus venimeuse des méduses de la Méditerranée et a la propriété de former des bancs qui peuvent envahir les eaux de baignade ou s'échouer sur les rivages, occasionnant des dommages économiques auprès des professionnels côtiers.

A cause du caractère aléatoire de leur apparition sur les côtes et de la difficulté à mener des expériences en laboratoire, peu d'études ont jusqu'à présent permis d'améliorer nos connaissances sur cet organisme et de mieux comprendre les facteurs favorisant le développement de leurs populations.

Le cycle de vie de P. noctiluca est globalement identifié mais les conditions propices à une pullulation ou à la décroissance des effectifs restent méconnues. Cette méduse scyphozoaire est exclusivement planctonique, c'est-à-dire que pendant toute sa vie elle se laisse transporter par les courants. A la différence de la plupart des méduses, Pelagia ne possède pas de phase benthique (attachée au fond de la mer), par conséquent sa distribution est généraliste et peut couvrir aussi bien des zones hauturières (du large) que côtières.

En zone hauturière les Pelagia effectuent d'importantes migrations verticales nycthémérales: le jour elles peuvent descendre jusqu'à 300-500m de profondeur, pour remonter la nuit en surface. Elles disposent d'une musculature efficace, d'organes sensoriels et d'équilibre (ocelles, statocystes) leur permettant de se déplacer et de maintenir leur position dans l'eau.

Il y a des Pelagia mâles et femelles, le seul moyen de les distinguer est d'observer leurs organes reproductifs: la femelle adulte et sexuellement mature présente des œufs bien visibles à l'œil nu (points marrons-rouges), tandis que les gonades des mâles sont homogènes, roses ou marrons. Oeufs et spermatozoïdes sont relâchés et la fécondation se passe donc dans l'eau.

Les larves de Pelagia (éphyrules) agées d'un jour mesurent moins d'1mm, mais elles sont déjà capables de «chasser» activement leurs proies. Pelagia noctiluca est une carnivore vorace, elle se nourrit de zooplancton et en particulier d'autres gélatineux (salpes, autres méduses, etc), de larves de poisson et de copépodes. Elle peut se nourrir en continu et n'a pas de seuil de satiété. Elle peut atteindre des taux de croissance importants et est capable de survivre en situation de jeûne durant des semaines. La taille moyenne d'une Pelagia adulte est autour des 7-8 cm de diamètre d'ombrelle, mais des individus jusqu'à 15cm de diamètre ont été observés.

P. noctiluca est tapissée d'une multitude de cellules urticantes, les cnidocytes. Elle en a sur l'ombrelle, sur la surface des bras et des tentacules. Le poison contenu dans ces cellules immobilise les proies, lesquelles, une fois paralysées, sont ramenées vers l'ouverture buccale. Contrairement à la plupart des animaux pluricellulaires, les méduses ne disposent que d'un seul orifice digestif, par lequel la méduse ingère les proies mais également rejette la matière non assimilée.

Les prédateurs de cette méduse sont peu nombreux (il s'agit surtout de certaines espèces de poissons) c'est pourquoi une fois qu'elles prolifèrent, elles peuvent facilement dominer l'écosystème et être disséminées par les courants dans la totalité du bassin Méditerranéen.